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Il y a 6 heures, CoeurO a dit :

L’ombre d’Erdogan, son attachement à Lens, son avenir en Turquie : Dimitri Cavaré, une saison très politique

Formé à Lens à partir de 2010, Dimitri Cavaré évolue désormais en deuxième division turque à Istanbul, au club d’Esenler Erokspor. Avec son équipe, le Français joué jusqu’au bout la montée en première division turque, à la lutte avec le club kurde d’Amedspor, une bataille très politique.

L’ancien Lensois Dimitri Cavaré sort du terrain la tête basse, direction les vestiaires, ce samedi 2 mai. Son équipe, Esenler Erokspor, vient de faire match nul contre Pendikspor (1-1) et a laissé passer une énorme occasion d’accéder directement à la Süperlig, la première division turque. Dans la loge du président, les officiels regardent sur une immense télévision l’arbitre siffler la fin du match d’Amedspor (3-3), promu en Süperlig grâce à ce nul, pour la première fois de son histoire. Esenler, troisième, a dû passer par les barrages, joués dimanche soir et perdus contre le Corum FK (0-2).

Les hommes en costume quittent la pièce où est exposé un maillot floqué Recep Tayyip Erdoğan, symbole d’une bataille pour la montée éminemment politique. Formé à la Gaillette à partir de 2010, Cavaré a atterri cette saison à Esenler, quartier populaire de la rive européenne d’Istanbul. L’histoire du joueur de 31 ans a débuté loin d’ici, en Guadeloupe, repéré par un recruteur lensois frappé par son potentiel.

Sur le terrain aussi, Dimitri Cavaré a commencé à des encablures du poste de défense centrale qu’il tient à Erokspor. Il était un joueur offensif avant qu’Éric Sikora, la « légende », de ses propres mots, le replace arrière droit. « J’étais limité techniquement à l’époque. Il m’a dit que ce serait mieux que j’arrive face au jeu, avec ma puissance », se remémore Cavaré.

Pascal Plancque prend ensuite le relais, décidé à régler son pied. « Il me mettait face à deux mannequins et me faisait travailler des contrôles et des passes. » Exercice payant, Antoine Kombouaré le fait entrer en 2013 face à Auxerre (4-1), et « Gros bébé » signe une passe décisive. « Les supporters m’appelaient comme ça parce que j’ai joué mes premiers matchs avec un short trop petit et mes cuisses ressortaient », s’amuse l’imposant défenseur, nostalgique des sorties en centre-ville, lorsque les apprentis footballeurs allaient chercher de la Wifi au McDonalds.

De la Gaillette, dont il loue la qualité des infrastructures et des encadrants, il a gardé contact avec Wylan Cyprien, Ange-Freddy Plumain ou encore Benjamin Bourigeaud. Quant à ses exemples, ils se nommaient Serge Aurier, Geoffrey Kondogbia et « Alassane Touré, qui me donnait toutes mes paires de chaussures ». Il se souvient aussi de ces fans « pas aisés et qui supportaient avec leurs cœurs », prêts à mettre leurs dernières économies dans un match des sangs et or.

En 2015, Dimitri Cavaré, titulaire en Ligue 1, avait été vendu à Rennes pour trois millions d’euros. Lens était alors en pleine panade financière à cause de l’investisseur Azerbaïdjanais Hafiz Mammadov, et Gervais Martel l’avait remercié en personne dans le vestiaire. Prêté à Lens par Rennes pour la fin de saison, l’international Guadeloupéen s’était rompu les ligaments croisés deux semaines plus tard, sur un contact avec l’actuel capitaine lensois Adrien Thomasson, alors joueur d’Evian Thonon-Gaillard.

Passé par la Championship et la Suisse, plusieurs pépins physiques au cours de sa carrière l’ont mené jusqu’à Esenler Erokspor. Le président du club est notoirement proche de Recep Tayyip Erdoğan, présent à son mariage. Dans sa jeunesse, le chef d’État a même porté les couleurs du club, en amateur. Si Dimitri Cavaré n’a jamais aperçu Erdoğan dans les travées, beaucoup comparent le projet avec celui d’Istanbul Başakşehir, largement soutenu par le pouvoir et champion de Turquie en 2020 malgré un faible soutien populaire. Eren Tutel, journaliste turc pour le média BirGün, estime qu’Erokspor pourrait connaître « la même trajectoire », insistant sur les activités croissantes du président du club dans l’industrie minière et de défense.

Quant à Amedspor, à la lutte avec Esenler et désormais promu, l’équipe se situe à Diyarbakir, la principale ville kurde du pays. Rien que son nom, « Amed », est politique, puisqu’il s’agit de l’ancienne dénomination de la ville, en langue kurde. Or, le langage est proscrit dans un certain nombre de lieux en Turquie, dont le Parlement. L’équipe se retrouve donc porte-étendard de ceux qui militent pour l’utilisation de la langue, voire des frontières de ce peuple, un combat porté par le PKK, organisation terroriste. « Quand on les a joués, leurs supporters n’ont pas chanté l’hymne turc et certains sifflaient », replace Cavaré, le pilier d’Esenler. Au cours de la saison, un joueur d’Amedspor a été sanctionné pour avoir imité des tresses, la coupe de cheveux des combattantes kurdes. Et l’accueil de l’équipe a été très tendu dans de nombreux stades, comme il en a toujours été pour les matchs à l’extérieur de Diyarbakir, avec parfois des affrontements très violents.

Cette montée historique intervient néanmoins lors d’une période d’accalmie dans les relations avec l’Etat turc, grâce à des négociations de paix entamées l’an passé avec le chef PKK, Abdüllah Öcalan, enfermé sur une île depuis 1999. Les tensions ne restent tout de même jamais bien loin. Scène assez cocasse, le serial buteur d’Amedspor, Mbaye Diagne (29 réalisations cette saison) a déployé un drapeau sénégalais sur le terrain après le match décisif. La police l’a confondu avec celui du PKK, aux couleurs très similaires, et est intervenue pour arracher la bannière des mains de l’avant-centre, avant de réaliser le malentendu après quelques minutes de chaos. Des bagarres massives ont aussi éclaté dans les rues d’Istanbul entre des supporters d’Amedspor et de Galatasaray, au soir de l’accession.

Qu’importe pour Dimitri Cavaré, frustré de ne pas avoir décroché la montée. Son équipe a dû disputer un barrage (perdu) dimanche 24 mai, alors qu’il comptait rentrer en France pour voir Lens et son ami Wesley Saïd jouer contre le PSG. Son contrat à Esenler s’arrête à la fin de cette saison, sa troisième en Turquie après deux ans à Ümraniyespor où il a notamment côtoyé Nicolas Anelka, éphémère directeur sportif. La suite, Cavaré la verrait bien en première division. Une certitude, si un jour le RCL appelle, il reviendrait sans hésiter. « J’aurais pu rester longtemps à Lens », souffle-t-il, bien au courant que dans le football, les enjeux dépassent souvent le rectangle vert.

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Lui, il a l'air d'être loin d'être con. Je le verrais bien à Troyes, son club formateur un de ces jours (ou chez nous avec Cahu...).

En attendant, on va pouvoir suivre ce qu'il fait à Annecy et voir son évolution.

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L'Antoine du football ! 👍🏻

Comme quoi on peut avoir une belle vie grâce au foot, sans gagner des millions ! 

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« Pour moi, c’est la base du renouveau », comment Éric Roy a remis Lens dans la bonne direction

Décédé à 58 ans ce mercredi, Éric Roy a été le manageur sportif du Racing club de Lens de septembre 2017 à avril 2019. Un mandat court mais qui a beaucoup compté, et enclenché la dynamique positive d’un club qui végétait à l’époque en Ligue 2.

Sur le point de prendre un avion, la voix marquée par l’émotion, Philippe Montanier a pris le temps de nous rappeler pour évoquer en quelques mots la mémoire d’Éric Roy, un homme avec lequel il s’entendait « vraiment bien, aussi bien humainement que sportivement ». Éric Roy avait installé Montanier sur le banc du Racing club de Lens, au cours d’un été 2018 où il avait aussi fait venir un homme qui allait et qui marque encore l’histoire du club artésien : Jean-Louis Leca.

À l’époque, le Corse était encore un gardien et surtout un leader qui devait remettre le Racing sur les bons rails alors que le club, entre mésaventure financière et mauvais choix, végétait en Ligue 2 : « On est tous très heureux de voir ce que Lens est devenu, mais j’ai toujours trouvé qu’il était un peu oublié. Je pense sincèrement que c’est lui qui est à la base du renouveau », souffle Montanier.

Un constat partagé par celui qui était alors le président délégué du club, un autre bâtisseur du renouveau, Arnaud Pouille : « Pour moi, Éric est au début de la base. Il a créé l’ossature qui a permis de remettre le club sur de bons rails, en recrutant notamment Jean-Louis mais aussi Walid Mesloub qui avait considérablement amélioré l’équipe. En fait, il avait remis beaucoup de choses à l’endroit. Je me souviens qu’il entretenait aussi une très bonne relation avec Franck Haise qui était alors entraîneur de la réserve. »

Et même un peu plus, à en croire l’intéressé qui nous a aussi confié sa peine et a raconté cet épisode datant de l’été 2018 qui, a posteriori, aura pesé dans l’avenir du club : « Il est question que je parte, et je sais que c’est l’un des deux hommes avec Sylvain Matriciano (alors directeur du centre de formation, ndlr) qui ont pesé pour me maintenir. Au-delà, on a toujours d’excellents rapports et j’étais très heureux de voir sa réussite à Brest. »

Car s’il a beaucoup œuvré en quelques mois, l’histoire d’Éric Roy s’est terminée avec un peu d’amertume. Le manageur sportif a été licencié, dans le cadre d’un PSE qui avait été décidé un peu plus tôt, et alors que la saison 2019 n’était pas encore terminée. Un an plus tard, Lens remontait en Ligue 1 avec Franck Haise sur le banc : « On avait toujours plaisir à se revoir », assure Arnaud Pouille, et Éric Roy n’avait en effet jamais eu de déclarations à ce sujet.

Si sa maladie n’était pas un secret, Eric Roy ne souhaitait « pas en parler et tout le monde respectait ça », souffle encore Arnaud Pouille. Mercredi soir, les réactions affluaient de partout, notamment d’anciens joueurs du Racing qui saluaient tous « sa bienveillance ». Preuve qu’il aura marqué bien au-delà de cette année et demi qui aura remis Lens dans la bonne direction.

VDN

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