Ligue des champions : « Lens, c’est ma famille », entre le Slavia et le Racing, Vladimir Smicer ne veut pas choisir
Après son huitième de finale de Coupe de l’UEFA, Lens avait recruté au Slavia celui qui est devenu une légende du club (1996 à 1999) avant de remporter la Ligue des champions avec Liverpool en 2005. L’ancien meneur a refait l’histoire à Prague, à la veille des retrouvailles des deux clubs.
Une bise à l’hôtesse, les clés qui ouvrent une loge avec vue sur la pelouse, Vladimir Smicer (53 ans) est chez lui à l’Eden Arena, le stade rénové du Slavia. Il y a 31 ans, le huitième de finale de Coupe de l’UEFA entre Lens et le club tchèque (0-0, 0-1 ap) avait changé le cours de sa carrière. À Lens, il a pris son envol. Il a raconté son attachement au Racing à La Voix du Nord et L’Équipe.
Ces matchs, en 1995, ont changé votre vie ?
« Oui, c’était un transfert important pour moi à une époque où il y avait seulement trois étrangers dans les équipes. Jean-Luc Lamarche (directeur sportif de Lens) m’avait déjà vu jouer avec les Espoirs, il avait noté les noms de Smicer, Poborsky et Bejbl. Et quand on a joué contre Lens, avec Gervais (Martel), ils ont trouvé mon manager. Quand il m’en a parlé, je me suis dit, c’est parfait, si on peut aller en France. Mon beau-père (Ladislav Vizek) avait joué au Havre, c’était une bonne étape pour progresser et aller vers un grand championnat. On avait joué l’aller ici, mais sur le vieux stade, en mauvais état. On avait 4-5000 supporters, même si nous étions champions, c’était bizarre, un peu triste. Au retour, à Lens, j’ai vu les supporters, l’ambiance… Je me suis dit je veux y aller. Ce sont les moments dans la vie qui te changent.
La première année, c’était un peu difficile, je ne parlais pas français. Mon super copain, Guillaume Warmuz a été mon prof. Dans les mises au vert à l’hôtel, il était toujours seul en chambre, toute sa carrière. Quand je suis arrivé, il a vu que j’avais un problème à communiquer. Il s’est mis dans ma chambre et il m’a appris le français. Et je n’avais eu qu’une semaine de vacances après l’Euro 96. Tout était nouveau pour moi. Mais j’étais avec ma femme, on n’avait pas d’enfants encore, c’était tranquille, je me concentrais sur le foot. Et à Lens de quoi tu as besoin ? Il y a le foot. On avait un appartement, à cinq minutes à pied du stade, résidence Buridant. Je me souviens toujours de l’adresse. Un moment, il y avait eu des grèves, pas d’essence, les gars venaient d’Arras, Titi Camara arrivait à vélo, ça me faisait rire ! »
Quand aviez-vous signé ?
« Les dirigeants de Lens étaient venus à Prague en décembre. Ils m’ont confirmé qu’ils voulaient me signer mais on était à six mois de l’été et de la fin de mon contrat au Slavia. J’ai signé après le quart de finale retour à Rome, on s’était qualifié, mon manager m’a fait descendre à la réception pour signer. On n’a pas fait ça dans les règles, il y a prescription. »
Slavia Prague contre Lens, c’est possible de choisir ?
« C’est comme choisir entre ta mère et ton père, c’est très difficile. impossible. Je suis Tchèque, j’habite à Prague, j’ai passé neuf ans au Slavia, où je suis arrivé d’un petit village, de 14 à 23 ans… On a gagné le championnat, après 49 ans ! Quand je suis revenu, on l’a gagné encore deux fois. Mais Lens, c’est ma famille. Les supporters nous attendaient toujours après l’entraînement Tu étais toujours en contact avec les gens, à la boucherie, dans les magasins, tout le monde te connaissait. Au bout de six mois, tu te sentais faire partie du club. La deuxième année, on a fait une saison exceptionnelle, finale de la Coupe de France, champions. Je me souviens du dernier match à Auxerre, je m’étais blessé à la tête. À la mi-temps, je sors prendre ma douche. On était menés 1-0 et je vois Daniel Leclercq et Gervais Martel en train de rigoler dans le vestiaire, au lieu d’être stressés. S’ils rigolaient, ça allait bien se passer, j’ai rejoint le banc de touche. Et Yoann Lachor a marqué. Nous étions champions. »
(VDN)