L'article de l'Equipe :
Un agent pas content, une commission envolée et un sacré coup de pression : la soirée traquenard de Malang Sarr à Marbella
Pris à partie brutalement pour une affaire d'argent, Malang Sarr a passé une mauvaise soirée à Marbella cet été. (H. Pfeiffer/Icon Sport)
À peine a-t-il signé un juteux contrat de trois ans avec le club saoudien de Neom cet été que l'ancien défenseur central du Racing Club de Lens s'est retrouvé pris à partie par des hommes se revendiquant proches de l'un de ses anciens agents.
Bernard Lions, Loïc Tanzipublié le 22 septembre 2026 à 18h45
temps de lecture : 3 minutes
Malang Sarr n'a pas vu le van noir se garer devant l'Elba Estepona Gran Hotel & Thalasso Spa de Marbella, en Espagne, en cette chaude soirée de fin juillet. Il termine tranquillement de dîner en compagnie de deux de ses nouveaux équipiers au Neom Sports Club.
L'ancien défenseur central (27 ans) du RC Lens a officiellement signé avec le huitième du dernier Championnat d'Arabie saoudite, le 22 juillet. Il l'a rejoint sur la Costa del Sol, où Neom effectue pour la première fois un stage de pré-saison sur les installations du Marbella Football Center depuis le 10 juillet. Au programme, intégration dans sa nouvelle équipe entrecoupée de cinq matches de préparation, entre le 17 et le 31 juillet.
« Bouge pas, toi ! »
L'ancien de Chelsea et du FC Porto est tout à sa joie de découvrir son nouveau défi et un troisième pays (après l'Angleterre et le Portugal donc) quand des colosses français pénètrent dans son hôtel cinq étoiles. Ils foncent aussitôt en direction de la salle de restauration réservée à la délégation de Neom. Elle se situe au rez-de-chaussée, au niveau de la piscine principale. Bien que privatisée, ils y pénètrent d'autorité.
« Bouge pas, toi ! » ordonne l'un d'entre eux en pointant d'un doigt menaçant l'un des rares témoins de cette intrusion. Tout le monde se fige. À commencer par Malang Sarr, vers lequel ils se dirigent.
Le joueur est surpris. Il ne les connaît pas. Deux intrus le soulèvent de force de son siège et l'obligent à les suivre. Direction le bar de cet élégant palace. Ils l'emmènent un étage plus haut et l'auraient giflé dans les escaliers. Joint au téléphone, le joueur assure ne pas avoir été molesté et que, si cela avait été le cas, il ne se serait pas laissé faire. Une version contredite par d'autres clients de l'hôtel, témoins de cette scène.
Une fois arrivés au bar, un des visiteurs nocturnes prend place au comptoir, une sacoche sous le bras. L'autre s'attable avec Sarr. Ça parle fort. Très fort. Trop fort pour la clientèle feutrée de ce genre d'établissement. Un problème d'argent semble au coeur de la discorde. Sarr a décroché le jackpot en signant à Neom. Son contrat, qui court sur les trois prochaines saisons, lui garantit un salaire annuel de 4 M€ nets. Plus 3 M€ de prime à la signature. Soit une opération à 15 M€ net d'impôts.
De quoi mettre définitivement à l'abri la famille de ce joueur, orphelin dès l'âge de 14 ans de son père, chauffeur-livreur, et issu du quartier déshérité des Moulins, implanté à cheval entre la ville de Nice et celle Saint-Laurent-du-Var. De quoi susciter toutes les convoitises, aussi. D'autant plus que le natif de Nice, appelé pour la première fois avec le Sénégal pour cette trêve, arrivait en fin de contrat, au 30 juin.
Alors que sa valeur marchande est estimée à 20 M€, il pouvait signer librement dans le club de son choix sans que ce dernier ne doive payer d'indemnité de transfert. Une véritable opportunité de marché, qui a attiré les sollicitations des agents.
Un agent avait mal pris de rater le jackpot
Ainsi, pas moins de quatre d'entre eux ont été successivement impliqués dans son environnement au cours des derniers mois. L'un de ces conseillers aurait mal vécu de voir la juteuse commission saoudienne lui passer sous le nez. D'autant plus qu'il bénéficiait de ses entrées à Neom, jusque-là. Son frère serait d'ailleurs déjà venu demander des comptes à Malang Sarr, la veille de cet incident.
Le joueur lui aurait alors expliqué avoir discuté directement avec le président de Neom et signé, seul, son contrat en deux jours. Le problème, c'est qu'il a posé le lendemain matin avec son nouveau maillot à côté d'un agent mandaté par Neom. D'où la colère de l'agent éconduit, qui aurait aussitôt décidé de lui envoyer des proches dans la soirée. Sollicité par nos soins, ce dernier n'a pas donné suite.
Malang Sarr avec Neom en match amical contre Las Palmas, le 31 juillet dernier à Marbella. (Agencia LOF/Alamy Stock Photo/Icon Sport)
Malgré les pressions, Malang Sarr aurait refusé de lui verser un quelconque dédommagement. Des témoins l'auraient toutefois vu s'absenter de l'hôtel avec ses étranges visiteurs pendant une dizaine de minutes. Ce qu'il dément. Seule certitude : la relation entre les deux parties s'est finalement apaisée. Avertis que l'hôtel se trouvait placé sous vidéosurveillance et que les dirigeants de Neom, inquiets de voir leur nouveau joueur impliqué dans un incident à l'étranger, avaient prévenu la police, les intrus se sont aussitôt éclipsés.
Les forces de l'ordre espagnoles ont effectivement débarqué à l'hôtel, peu après leur départ. Il en est allé de même d'un représentant du Consulat général d'Arabie saoudite. Il se situe à Malaga, à une soixantaine de kilomètres de Marbella. Une fois sur place, les policiers ont commencé leurs investigations. Mais les rares personnes ayant assisté à la scène auraient refusé de témoigner.
Tandis que Neom a renforcé sa sécurité, Malang Sarr n'a pas souhaité déposer plainte. Il a ensuite enchaîné huit titularisations avec Neom, héritant même du brassard de capitaine d'Alexandre Lacazette lors du quatrième (ce dernier était remplaçant lors de la réception de Al-Qadsiah, 0-2, le 24 août). Comme si rien ne s'était passé.